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Créer un espace zéro mégot avec ECOMEGOT

  • lfau15
  • 26 avr. 2021
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 avr. 2021



Nous avons eu le plaisir d'interviewer Sandrine Poilpré, co-fondatrice et directrice générale associée de KeeNat (société de l’économie sociale et solidaire avec un agrément ESUS qui porte 3 projets principaux : ECOMEGOT, R’MASQUE, FREEGUM)



Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant d’être directrice générale associée de KeeNat ?


« Mon parcours est un peu atypique, j’ai fait une faculté de droit (spécialité en droit des entreprises) et puis je suis partie parcourir le monde. J’ai arrêté le droit et après être revenue de mon expérience internationale, j’ai repris des études : un master international dans le commerce international. Ensuite j’ai travaillé dans le groupe carrefour, dans la filiale vin et j’ai décidé de créer mon entreprise avec l’idée de monter un espace de co-working crèche. J’ai donc fait un CAP petite enfance pour la partie crèche.

Les deux masters de droit et de commerce international m’ont vraiment poussés à faire de l’entrepreneuriat. »


Quelles ont été les expériences personnelles qui vous ont donné envie d’entreprendre ?  


« Tout d’abord l’équilibre vie professionnelle et personnelle et l’envie de se donner à fond car on aime son travail, le fait d’avoir une vie à 100km/h. La Covid19 a été un déclencheur pour entreprendre. Aussi l’envie de développer une activité professionnelle, d’être à l’origine de la création d’emploi et se challenger dans un poste où on ne possède pas de compétences. »



Qu’est-ce qui vous a donner envie d’entreprendre dans une entreprise avec un impact positif sur le développement durable ?  


« Les valeurs personnelles. Je pense que nous avons tous envie de travailler dans une entreprise en accord avec nos valeurs, de donner du sens à notre vie professionnelle et de transmettre une meilleure planète, d’avoir un impact et de transmettre de belles valeurs. »



Comment est née Écomégot ?


« L’idée vient du constat que certains pays étaient plus propres que d’autres : un des associés s’est baladé en Autriche et a remarqué qu’il n’y avait pas de mégots par terre et plein de cendriers. Nous avons commencé à monter une association pour obtenir des subventions pour se lancer. Nous avons embauché en 2016 une première personne. »



Comment s’est fait le travail avec le co-fondateur ?


« Nous sommes trois co-fondateurs qui se sont rencontrés lorsque j’avais l’idée de l’espace co-working crèche. Un des collaborateurs était en train de monter le concept Ecomegot et le deuxième collaborateur voulait reprendre une entreprise. Nous nous sommes retrouvés dans un incubateur ensemble et avons remarqué que nos compétences étaient complémentaires et que nous travaillions bien ensemble. »


Comment votre entreprise a pu se développer pour atteindre l’importance qu’elle a aujourd’hui ?

  

« Grace aux premiers partenaires qui ont donné les premières subventions. Ensuite les premiers clients, qui ont permis le développement, qui nous ont accordés leur confiance, cru en nous, et en ont parlé autour d’eux. Les partenaires nous ont permis de faire une levée de fond et donc de passer d’une association à une société avec notamment France Active, Lita. »



Quelles sont les valeurs d’Écomégot ?  


« Nous sommes toujours en train de les retravailler, mais premièrement je dirais la confiance. C’est un élément clef dans notre travail. L’équipe dirigeante a totalement confiance en son équipe, dans la capacité de développement, d’accompagnement des clients. Les clients nous font confiance. Deuxièmement, le progrès : nous sommes là aussi pour innover, pour apporter dans ce secteur qui est encore très prometteur où il existe encore plein de choses à faire. Et enfin la protection environnementale, c’est le pilier principal : protéger l’environnement pour donner du sens à notre entreprise, à notre travail, à nos clients et avoir un réel impact sur les générations futures. »



Avez-vous hésité avant de vous lancer dans l’entrepreneuriat ? Avant de rejoindre une entreprise existante alors qu’à l’origine vous étiez sur un autre projet ?  


« Pas vraiment, une fois qu’on a la réflexion et l’envie de faire de l’entrepreneuriat, on ose. On se pose beaucoup de questions évidemment, faut-il entreprendre seul.e ou à plusieurs ? Choisir sa propre idée ? Il suffit d’avoir des affinités et des opportunités. Avec mes cofondateurs nous avons une très bonne entente, c’est une force indéniable. Il faut trouver le déclencheur et se donner les moyens, car quand on veut, on peut. »



Vos anciennes expériences professionnelles ont été un tremplin ?  


« Elles ont été un vrai tremplin, que ce soit concernant l’alliance vie professionnelle/personnelle, la remise en question, la confiance en soi. Les expériences avec Carrefour m’ont données confiance et m’ont challengées. J’ai eu aussi une expérience avec un pervers manipulateur, c’est toutes ces choses qui m’ont données l’envie d’avoir une entreprise, de créer de la bienveillance pour les femmes et les salariés, de créer cet environnement. »


Comment a évolué votre société pour devenir KeeNat aujourd’hui ?


« Grâce à la levée de fond qui nous a permis de passer d’une association à une société, c’est devenu un modèle dans l’économie sociale et solidaire avec des valeurs environnementales et sociétales. Nous avons aussi obtenu un agrément ESUS de l’Etat (c’est un label très valorisant pour une société, il reflète nos valeurs et nos ambitions). L’entreprise s’est agrandie en activité avec plein d’autres projets sur tout le territoire français et bientôt européen. Il y a un siège social à Bordeaux et une antenne à Lyon. L’année dernière nous avions trois salariés. Actuellement il y en a douze. Concernant les clients nous sommes passés d’une vingtaine à plus de cinq cents. »



Qui sont vos clients ?


« Nous faisons surtout du BtoB, c’est-à-dire les collectivités, les entreprises, les associations, les festivals, finalement partout où se génère les déchets. Faire du BtoC est compliqué car les mégots sont dangereux donc les envoyer l’est aussi et aussi car l’impact carbone ne serait pas bon et c’est quelque chose auquel nous portons une forte attention. »


Que deviennent les mégots une fois déposés dans les bornes ?


« Nous en faisons de l’énergie et de la matière, c’est pareil pour les masques et les chewing gum. De l’énergie car on peut transformer les mégots en combustible : ils sont broyés avec d’autres déchets dangereux et le résultat permet d’alimenter des fours de cimenterie, ça brule très bien et très longtemps. A la fin il n’y a plus de résidus qui partent dans les sols. Et de la matière car dans le filtre il y a du plastique, et on l’extrait pour en faire du plastique recyclé et recyclable. »



Participez-vous à des campagnes sensibilisations auprès des citoyens ?


« On sensibilise à travers des stands, des conférences, des rencontres avec des salariés, des ramassages… Mais l’objectif n’est pas de stigmatiser les fumeurs, ce n’est pas notre rôle. Nous essayons juste de changer le comportement, d’expliquer pourquoi c’est important de ne pas jeter par terre. »


Y a-t-il une étape dans la création de votre entreprise qui vous a marqué ?  


« Je dirais que c’est de trouver des associés. Beaucoup ne veulent pas partager leurs idées, ont peur. Il faut essayer de trouver personnes qui nous complètent et nous correspondent. Lors de la première réunion tous les trois ensembles, nous avons posé nos valeurs, nos envies et nous nous sommes dit de se lancer. La levée de fond aussi car c’est un processus très long et dur, mais une très belle étape. »



Avez-vous fait face à des échecs ? Et quelle est selon vous votre plus belle réussite ?


« En échecs je pense aux marchés publics. On réalise qu’on n’est pas si formé, qu’on n’est pas si prêt que ça, qu’il faut restructurer. Pour la première réussite je pense à après avoir signé le premier CDI. Nous avions la capacité de le faire, d’embarquer d’autres personnes avec nous, qui croient en nous, qui sont prêts à prendre des risques. Je trouve que les échecs sont presque les plus intéressants, car pour réussir c’est par-là qu’il faut passer. »



En créant votre entreprise, avez-vous modifié certaines de vos habitudes/ votre regard sur le développement durable ?   


« Bien sûr, tout le monde dans l’entreprise y compris moi et mes collaborateurs et on continue toujours. C’est compliqué aujourd’hui d’être complètement respectueux de l’environnement dans les sociétés actuelles, on se challenge tous. »



En quoi le fait de créer une entreprise engagée dans le développement durable vous a motivé ? 


« D’avoir un impact positif sur la planète, de transmettre aux générations futures, de créer de l’emploi ça motive à se lever le matin. Quand on signe un CDI, ce n’est pas qu’une personne, c’est toute une famille derrière : on les voir grandir, on les aide à monter en compétences. C’est une énorme responsabilité et un très gros défi. »



Conseillerez-vous aux futurs entrepreneurs de se lancer dans des projets solidaires ?  


« Évidemment car selon moi c’est l’avenir. Les générations futures sont beaucoup plus tournées vers l’environnement. Concernant le solidaire, on en a besoin. Il n’y a pas assez de structures et trop de choses à construire encore. Lorsqu’on se lance, il ne faut pas oublier les vraies valeurs qui nous poussent et ne pas perdre de vue cette optique. Il faut être conscient que c’est difficile de trouver un business model, de se faire une place. »



Pouvez-vous quantifier l’impact environnemental, social et économique d’Écomégot ?   


« Nous sommes à plus de 10 tonnes de mégots collectés. En nombre de personnes sensibilisées, nous sommes à plus de 7000. En litre d’eau non pollué, ce sont des milliards de litres d’eau de sauvés car 1 mégot pollue 500 litres d’eau. Et enfin c’est 12 emplois créés. »



Avez-vous l’impression de sensibiliser les populations locales au développement durable là où vous intervenez ?   


« Lorsqu’on installe des bornes, qu’on mène des actions de sensibilisation oui mais c’est temporaire. On fait de la communication à travers des stickers, des affiches, de la sensibilisation, mais l’impact est compliqué à évaluer. Depuis la Covid tout est à l’arrêt, il y a beaucoup de choses à faire, il faut sensibiliser différemment. »



Où voyez-vous votre entreprise dans 10 ans ?


« On se voit au niveau mondial car les déchets sont un enjeu au niveau mondial. On n’aura pas un impact positif si on n’est pas dans tous les pays et qu’on n’essaie pas de faire ce que l’on doit faire. Et avoir au moins une centaine de salariés. »



Quels ont été les impacts du COVID sur votre activité ? Comment avez-vous surmonté les difficultés liées au virus ?  


« Nous n’avons pas trop été impactés. Notre activité a été ralentie pendant le premier confinement. Et en mai c’est l’effet inverse qui s’est produit : plein d’entreprises n’ont pas voulu laisser l’environnement de côté et donc nous avons eu une hausse de l’activité. Cela nous a permis de sortir R’masque. »



Étant vous-même issue d’une école de commerce, quels conseils donneriez-vous à des étudiants qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ?


« S’entourer car tout seul avec sa propre idée on ne peut pas faire grand-chose. Les incubateurs sont aussi d’une grande aide, rencontrer d’autres entrepreneurs, des associés, ne jamais croire que nous sommes les meilleurs, partir du principe qu’on ne connaît rien et que nous avons tout à apprendre. Oser, même si on se pose beaucoup de questions, essayer, pour pas avoir de regrets. »


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