Article My Food : Interview de Matthieu Urban
- ablondeau0
- 14 mars 2021
- 8 min de lecture
L’équipe Aim2Flourish ODD2 est fière de vous présenter cette interview. Nous avons organisé celle-ci sur un format de questions-réponses, qui, nous l’espérons, rendra la chose plus ludique. Bonne découverte ! Nous attendons vos retours avec impatience.

Figure 1 Matthieu Urban, fondateur de MyFood
Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis Matthieu Urban. Je suis le fondateur de MyFood. On a lancé la start-up il y a 5 ans maintenant. J’avais une expérience dans le marketing, dans l’industrie, dans le développement produit à l’international, et sans expérience dans l’agronomie. On a décidé de venir un peu bouleverser les codes de la production alimentaire.

Figure 2 Serre MyFood (modèle city)
Pourriez-vous nous décrire votre formation et votre parcours professionnel ?
J’ai une formation d’école de commerce, j’ai étudié à Strasbourg. Et j’ai travaillé pendant 12 ans dans une grosse boîte américaine, dans l’industrie du mobilier de bureau. Pour travailler ensuite pendant 2 ans dans le chauffage : principalement du marketing et du développement produit. J’ai géré une Joint-Venture pendant 2 ans en Arabie Saoudite, d’industrialisation d’une gamme de mobilier de bureau. Ensuite, mes métiers ont été principalement le marketing-produit et la communication. J’avais un parcours de formation plutôt entrepreneuriale. Finalement, toute mon expérience m’a bien servi sur le démarrage d’une société. Et on a lancé ça avec mes associés qui étaient plutôt ingénieurs, vraiment sans expérience dans le domaine de l’agronomie. On a souvent tendance à innover plus facilement quand on a un regard neuf sur un secteur ou sur un métier.
Pourriez-vous nous dire les difficultés que vous avez rencontré au lancement de votre projet ?
J’avais un père entrepreneur dans le domaine de l’industrie. J’ai grandi dans les ateliers, dans la notion de créer des boites, de lancer des projets, de faire de l’innovation. C’est un peu dans mon ADN familial. Après, j’ai travaillé dans des grandes entreprises qui m’ont donné beaucoup d’expérience et d’apprentissage très utile. Je critiquais beaucoup quand j’étais dans les grosses boites à l’époque cette notion de grosse entreprise, de process, de lourdeur qui paralysaient l’innovation. Mais finalement, j’ai quand même appris beaucoup de choses de tout ça. Du coup, lorsqu’on a monté l’entreprise, on avait quand même tout ce bagage, toute cette expérience qui nous a permis de structurer les choses dans une vision justement de croissance ; dans une vision d’une entreprise qui va avoir un changement à grande échelle ; dans une vision d’une entreprise internationale. Tous ces éléments-là ont nourri une structuration très vite, très tôt et très mature qui nous a beaucoup servi. Parce que faire l’équilibre entre innovation et process ça a été très utile. Ce qu’il faut vraiment savoir, c’est que l’entrepreneuriat, surtout dans les secteurs innovants, c’est que des galères. Et c’est que ça ! Et si vraiment on s’imagine lancer un projet et qu’on n’est pas prêts à se prendre des claques, franchement, il ne faut pas entreprendre. Parce que le quotidien de l’entrepreneur est nourri à la fois d’expériences exaltantes, de réussites et de moments extrêmement enthousiasmants mais tout autant de difficultés, de galères et de déceptions. Et en fait, ça ne se résume qu’à la volonté d’aller d’échecs en échecs et la persévérance c’est ça, d’aller d’échecs en échecs pour se ramener à quelque chose qui se tient dans la durée.
Selon vous, qu’est-ce qui a fait que votre projet a réussi ?
En fait, très souvent quand je vois des personnes qui parlent de créer des entreprises ou de lancer un projet, très vite c’est « quel est le format de la société que je vais prendre, comment vais-je me financer, avec qui vais-je le faire » et on oublie toujours le plus important. La raison d’échec numéro une d’une start-up, c’est de développer un produit que personne ne veut. On occulte toujours cette partie qui est très souvent la partie la plus important. C’est qu’elle est ma valeur, qu’est-ce que j’apporte et à qui je vais le vendre et est-ce que je vais le vendre, d’une manière telle, que je vais réussir à avoir une structure qui se tient. Il faut toujours répondre à cette question : est-ce que je réponds à un besoin, et deuxièmement, est-ce que je réponds à un marché. Et ça, moi je l’avais par mon expérience plutôt marketing : de ne jamais perdre de vue dans l’innovation qu’il faut répondre réellement à un besoin de manière innovante, de manière nouvelle. Et qu’on va y répondre avec un marché derrière qui est suffisant pour que l’idée, la réponse au besoin, se tienne dans la structuration d’une entreprise. En l’occurrence, nous, on était pile sur une problématique, qui était celle de l’alimentation, où aujourd’hui il y a tellement d’enjeux et de problématiques autour de l’alimentation : sur les circuits-longs, sur la qualité de l’alimentation, sur la pollution, la déconnexion des citoyens par rapport à la production alimentaire, la perte de confiance… Enfin il y a un nombre de problèmes qui gravitent autour de l’alimentation, qui est juste phénoménal. Donc on vient répondre à plein de problèmes avec notre solution : par le fait que les citoyens vont pouvoir produire leur propre nourriture et plus avoir besoin d’aller en magasin si je résume. Et surtout, autour de ça, on répondait à un marché. C’est-à-dire que le nombre de gens aujourd’hui en Europe, à l’international, qui veulent se rendre autonome dans un contexte en plus aujourd’hui où les gens deviennent de plus en plus réticents à aller en magasins. On répondait en même temps à un marché puisque ce marché là aujourd’hui est très grand. On a validé ces deux aspects, et surtout on l’a validé très tôt parce qu’on a vendu très tôt. On n’a pas attendu 3 ou 5 ans avant de lancer notre innovation mais dès le début on faisait déjà du chiffre d’affaires avec des premiers adoptants et avec une solution qui était encore en test. Donc très vite, on validait que notre idée répondait à un besoin. Les gens voulaient acheter le produit. Et ensuite, très vite on validait qu’il y avait suffisamment de marché pour construire une entreprise qui va avoir une croissance et après réaliser des économies d’échelle.
Quels sont les projets que vous avez pour le développement de l’entreprise MyFood ?
On fête notre 5ème année. On est déjà assez contents d’avoir déjà eu tout ce parcours-là, parce que je crois que c’est 8 ou 9 start-up sur 10 qui vont au tapis au bout de 3 ou 4 ans. Je ne sais plus les chiffres exactement, mais le nombre de start-up qui ne passent pas ces années fatidiques est vraiment important. La troisième année est souvent une année clé. Et nous, après la troisième année, on est rentrés dans une phase de croissance. C’est aussi une étape cruciale. Une fois qu’on a réussi à répondre à un besoin, à un marché, on a réussi à structurer une équipe (parce que l’équipe est souvent une raison d’échec) après, l’étape croissance est extrêmement importante. Donc nous, on est plus vraiment au stade start-up, mais on est plutôt maintenant au stade PME en croissance. C’est une étape super importante, parce qu’il faut arriver à grandir dans la durée, à répondre à toutes les nécessités que requiert une entreprise en croissance. C’est-à-dire, déléguer, trouver de nouveaux talents, trouver des financements qui portent la croissance… Donc en fait, on a énormément de sujets de structuration de croissance qui sont indispensables à mettre en œuvre. Et puis, du coup trouver les opportunités de croissance qui sont pour nous l’international, des segments qui sont encore sous-exploités. Nous nos prochaines étapes c’est continuer à structurer la croissance.
J’ai vu que vous étiez déjà présents dans plus d’une quinzaine de pays, vous avez réfléchi à comment vous pourriez développer vos serres pour les adapter à des climats très chauds ou très froids ?
C’est à la fois l’enjeu et l’opportunité. C’est la difficulté. C’est l’adaptation qui peut être technique, culturelle, normative ou climatique. Mais à la fois, c’est l’opportunité, parce qu’il y a aujourd’hui plein de zones blanches alimentaires ou il est difficile de produire parce qu’il fait trop froid, trop chaud, ou autre, et la serre apporte une réponse. Par exemple on vient d’installer des serres dans le désert du Qatar. C’est un pays qui, s’il continue à se fâcher avec ses voisins, va avoir de plus en plus de mal à s’approvisionner en nourriture. Donc produire localement, ça va dans le sens des choses. De même, le Québec est un pays qui met plein d’initiatives sur l’agriculture urbaine en place. Ils savent que la souveraineté est un sujet extrêmement important. Donc, amener la production alimentaire chez les citoyens est quand même une bonne solution.
Comment le Covid a impacté votre activité ?
Au niveau du résultat sur le marché, ça a été un accélérateur, puisqu’on a doublé notre attractivité sur 2020. Les gens sont de plus en plus en train de se préoccuper de cette problématique de l’alimentation. Forcément, quand on se demande si lors de la prochaine crise, le magasin à proximité ne va pas avoir des problèmes d’approvisionnement ; ou est-ce que je peux encore aller en magasin sans tomber malade. Les gens sont inquiets, donc forcément ça nous a aidé. Par contre, il y a eu d’autres aspects qui ont été plus compliqués. La logistique des fournisseurs, des choses comme ça, donc oui c’est compliqué pour beaucoup d’entreprises.
Avez-vous utilisé un incubateur pour développer votre entreprise ?
Pas du tout. On était suffisamment expérimentés sur tous les aspects que nécessite un entrepreneur. C’est-à-dire le marketing, l’ingénierie, la finance, le commerce… On était, par nos compétences, déjà bien expérimentés. Donc, on n’a pas eu besoin de passer par un incubateur. Ça a des points positifs et ça a, aussi, des points négatifs. C’est-à-dire qu’on était beaucoup plus autonomes. On a été beaucoup plus vite. Ça nous a fait gagner beaucoup de temps, parce qu’on savait exactement ce qu’on voulait faire. On a fait des erreurs, mais au moins on a appris de ces erreurs-là. Par contre, lorsqu’on ne passe pas par un incubateur, on s’inscrit plus difficilement dans un écosystème régional d’aides, de subventions, de supports politiques. Parce que, lorsqu’on a envie de se faire aider, c’est toujours bien d’être passé par l’incubateur qui va bien, de la région, de la ville ou autre. Donc ça peut être un avantage comme un inconvénient. Si on débute vraiment dans l’entreprenariat et si on n’a pas de réseau, alors oui il faut passer par un incubateur, ça c’est certain.
Quel serait votre conseil à donner à de futurs entrepreneurs qui voudraient se lancer ?
Il n’y a qu’un conseil. Le plus important c’est qu’il faut avoir du caractère et il faut être vraiment prêt à se prendre des baffes. Si on n’est pas prêts à souffrir, physiquement comme mentalement, il ne faut vraiment pas essayer de lancer une entreprise. Il faut se dire que ce n’est pas une chose de tout repos. C’est quelque chose de très exaltant, mais de très éprouvant. Et donc il y a une vertu à développer, c’est la persévérance, avant tout. Et être prêt à avoir un esprit positif, qui fait qu’on voit un échec comme un apprentissage.
Pourquoi vous personnellement vous avez décidé d’innover dans ce domaine ?
Le sujet de l’alimentation me touchait personnellement sous différents aspects. J’étais dans une région agricole et je voyais autour de moi des champs, qui ne produisaient plus que du maïs pour l’industrie plastique. Et un viticulteur derrière chez moi qui asperge un produit en été, ce qui fait que je ne pouvais même pas aller faire du vélo avec ma fille sans le respirer. L’agriculture n’est plus là pour nourrir les gens. Aujourd’hui on fait du maïs, du blé, des betteraves pour l’industrie et pour le sucre. Et malheureusement, les petites fermes maraichères se comptent maintenant sur les doigts de la main dans les villes. Ça, c’est un premier aspect. Et deuxième aspect, je me suis rendu compte que l’alimentation avait vraiment un impact sur nos vies, sur notre santé. Reprendre la main sur son alimentation est tout aussi importante que de reprendre la main sur plein d’aspects de sa vie.





Commentaires